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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 17:57

mahamadouissoufou_0.jpg

C'est un monde, la chronique de José Fort.

 

En découvrant les visages des otages français mercredi à Villacoublay, chacun pouvait mesurer leur joie après trois années de captivité vécues dans des conditions extrêmes. Le retour à la vie de ces hommes mériterait de rester la seule information à retenir de cette journée. Sauf que certains et au plus haut de la hiérarchie de l’Etat tentent de nous mener en bateau, de nous faire croire n’importe quoi, bref de nous prendre pour des billes en affirmant : il n’y a pas eu de rançon.

 

Nos quatre concitoyens auraient été libérés sur la bonne mine des gouvernants français et de la DGSE. Sauf que, encore, plusieurs sources affirment que 20 millions d’euros auraient été transférés dans les poches des ravisseurs et de leurs commanditaires. Ca fait du monde.

 

Les remerciements appuyés des dirigeants français au président du Niger Mahamadou Issoufrou méritent qu’on s’arrête un moment sur le personnage. Le président du Niger élu en 2011 dispose d’une carte de visite à rallonge : ancien Premier ministre, ex-Président de Assemblée nationale. Jusque là, une trajectoire banale de politicien. Sauf que, encore et encore, on oublie d’où vient l’impétrant : ingénieur des mines de formation, directeur de la mine d’Arlit, appartenant à Areva, qui le soutien en 1991 lorsqu’il entame une carrière politique. Le soutient ? Plutôt le projette dans cette aventure car Areva a besoin d’investir sur l’avenir.

 

Prenons les paris. Officiellement les autorités françaises n’ont pas déboursé le moindre centime. En revanche, les réseaux Areva, le président du Niger qui ne peut rien refuser à ses ex patrons et quelques barbouzes ont du voir transiter pas mal de valises. Quant aux intermédiaires, ils ont du se goinfrer au max.

 

publié dans l'Humanité du 30 octobre

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 09:18

Le règne impérial de l’argent et ses arsenaux bancaires et para-bancaires, ses gigantesques places financières et temples de la spéculation, vient d’engendrer une nouvelle catégorie de grévistes. En effet, les patrons de clubs de football ont décidé à l’unanimité de paralyser l’activité de leurs entreprises le 29 novembre. Avec ce mouvement, inédit depuis 1972, les clubs des ligues 1 et 2 entendent «confirmer leur opposition résolue au projet de taxe à 75% sur les revenus de plus d’un million d’euros». Qui prétendait que le mouvement social est en panne dans notre pays?

 

Cette mobilisation contre le nouvel impôt qui, en l’occurrence, n’a rien de terrible pour les contribuables concernés à qui il restera de l’argent de poche pour survivre, est parfaitement indécente à une époque où la misère est la condition la plus massivement partagée sur la planète. Encore heureux que les patrons de clubs n’aient pas tenté de nous expliquer que distraire les pauvres dans les stades et devant les écrans coûte cher…

 

L’Etat français et les autres, seraient bien inspirés de riposter au lobbying des patrons de foot, en déclenchant une opération vérité sur la nature de l’argent privé qui circule, afin de découvrir d’où proviennent les sommes colossales mobilisées dans les transferts et les salaires des joueurs. Quelle explication sur l’accession à la propriété du PSG par la monarchie du Qatar? D’où provient la richesse du nouveau propriétaire de l’AS Monaco? Etc. Depuis 1995, le montant total des transferts en Europe n’est-il pas passé de 400000 euros à plus de deux milliards d’euros? On sait que la part du blanchiment d’argent lié aux paris sportifs est en plein développement sur ce marché…

 

Il est grand temps d’aller droit au but

dans le monde fou du sport professionnel.


 

Christian AUDOUIN (édito de l'Echo du 25/10)

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 15:38

L’inconcevable scénario de la crise provoquée par le «rapt justice-police» de la collégienne Leonarda, met le personnage de François Hollande sous la mitraille des observateurs de tous poils. Le commentaire le plus partagé installe le chef de l’Etat à nouveau dans un rôle de mollasson, d’indécis, d’expert en synthèse à quat’sous. Et si l’ensemble des journalistes patentés et des spécialistes attitrés était victime d’une cécité collective face aux vérités profondes du Président? Et si François Hollande n’était rien d’autre qu'un vrai faux mou et un vrai dur?

 

En vérité, toute la carrière du chef de l’Etat, de la Corrèze à l’Elysée, en passant par la longue séquence de la rue de Solférino, le montre en conquérant patient et obstiné du pouvoir ; en gestionnaire du temps qui passe à la mode mitterrandienne. C’est ainsi qu’au fil des années, sans en avoir l’air, voire en prétendant le contraire, il a réduit l’influence communiste en Corrèze et lui a ravi le leadership à gauche. C’est comme ça qu’il s’est par ailleurs imposé en relève socialiste nationale sur les décombres du jospinisme. L’homme, toujours, a fuit la transparence des intentions et a usé de promesses-kleenex ou de phrases creuses, avec un art consommé de l’apparence de normalité modeste…


Pour lui, l’important n’est pas tant de convaincre que de parvenir à ses fins.

 

L’affaire Leonarda le fait apparaître tel qu’en lui même. D’accord avec l’option sécuritaire de Manuel Valls, il a manœuvré pour ne pas trop se couper de la gauche engagée à gauche, tout en privilégiant son ministre de l’Intérieur. Ainsi, en proposant le retour à la seule Leonarda il savait que la jeune fille refuserait et que Valls ne perdrait pas totalement la face. Quant à la circulaire sanctuarisant l’enceinte scolaire, elle ne défait rien des lois d’expulsion des enfants scolarisés.

 

Il est cependant un domaine que François Hollande ne maîtrise pas, celui de sa cote de popularité : 77% des sondés (un record) se déclarent mécontents de lui et de sa politique.

 

Christian AUDOUIN publié dans l'Echo du 21/10/2013

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 17:54

 

brignoles-2.jpg

La victoire du Front National dans le canton de Brignoles est très sérieusement considérée à gauche.

La poursuite de l’austérité par le gouvernement, "suicidaire socialement et politiquement parlant" est principalement mise en cause. Mais aussi la complaisance pour le FN et la stigmatisation répétée de "l’autre" par certains médias.


Le candidat du Front national a remporté ce dimanche l'élection cantonale partielle de Brignoles avec 53,9% des voix. Laurent Lopez a recueilli au second tour 5.031 voix, contre 4.301 pour son adversaire UMP Catherine Delzers (46,1%), selon la préfecture du Var. Une élection qui s’est déroulée dans un canton particulier, qui faisait déjà partie des seuls deux cantons déjà emportés par le FN en 2011, certes, mais qui ne doit pas occulter que le FN a progressé en nombres de voix. Une situation jugée « catastrophique » au Parti de gauche.


Austérité et « Lepenmania »


« Copé a commenté ce résultat en manifestant de l’anticommunisme et de l’anti gauche pour dédouaner la droite de ses responsabilités. Les grands médias mais aussi le PS et EELV portent une lourde responsabilité dans le désastre de ce soir » a commenté Pascal Savoldelli, responsable national du PCF aux élections. Une synthèse que partage Eric Coquerel du PG. "Car la vérité c’est que le FN profite de la politique d’austérité d’un gouvernement qui met ses pas dans ceux de Sarkozy, désespérant ainsi l’électorat qui s’est mobilisé pour l’élire. La vérité c’est que le FN profite de la stigmatisation de "l’autre", en ce moment les Roms, depuis Estrosi jusqu’à Valls. La vérité c’est que le FN profite d’une Lepenmania de certains médias."

 

"Plus que regrettable mais pas surprenante"


Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a lui estimé ce lundi matin sur RFI que la victoire du Front national à la cantonale partielle de Brignoles (Var) était "plus que regrettable mais pas surprenante". "Ce type d'idéologie naît de la difficulté, de la misère". "A partir du moment où les gens considèrent que les problèmes de pouvoir d'achat, les problèmes d'emploi, pour eux et pour leurs enfants, ne sont pas réglés, c'est une forme de coup de pied dans la fourmilière", a-t-il expliqué. Jean-Claude Mailly a ajouté que "ce qui ne sort pas socialement sort politiquement à un moment donné". "L'austérité est suicidaire, socialement, économiquement et politiquement".


C’est pour cela qu’il faut rappeler et expliquer que le FN est toujours l’alliée de la finance. Regardant la télévision dimanche soir Eric Coquerel l’a très justement fait remarqué : "Marine Le Pen a une fois de plus répété sa petite musique : les étrangers et les naufragés de Lampedusa seraient les responsables de la crise. Avec un tel allié, la finance peut dormir tranquille."


Constat que partage Pascal Savoldelli : 

"le PCF va redoubler d’efforts pour défendre et promouvoir les valeurs de l’Humain d’abord. C’est seulement par un rassemblement populaire et majoritaire autour de ces valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de fraternité humaine que nous pourrons ouvrir une alternative à l’austérité."

 

-->article paru dans l'humanité

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 16:34

bailly-poste.jpg

C'est à l'ancien pdg de La Poste,

qui y a laissé un bilan social désatreux,

que le gouvernement a confié ce lundi

une mission sur le travail du dimanche.

 

Jean-Paul Bailly aura attendu un peu moins de trois mois pour retrouver un travail. Le gouvernement a mandaté ce lundi l'ancien PDG de La Poste pour "clarifier le cadre juridique" du travail du dimanche et "faire des propositions" qu'il devrait rendre d'ici à la fin novembre. Drôle de choix, au vu de son bilan social catastrophique dans l'entreprise public qu'il a quitté de manière précipitée début juillet dernier, alors que son mandat ne devait s'achever qu'en octobre 2014.

 

80000 suppressions d'emploi


C’est bien cet ex-patron de la RATP qui a mis La Poste sur les rails de la privatisation, avec le changement de statut de l’entreprise, le 1er mars 2010, faisant de La Poste une société anonyme à capitaux publics. Les dernières années de la gouvernance Bailly auront été marquées par une série de suicides de postiers. Avec plus de 80000 suppressions d’emploi en dix ans, des restructurations incessantes, la mutation violente de La Poste a engendré un trouble social grandissant.


On pourra juger du très grand cas qu'il faisait de ses anciens salariés au travers d'un passage de son dernier livre, Ceux d'en haut. Dans cet ouvrage, Jean-Paul Bailly, qui affirmait en pleine vague de suicide de postiers "qu’il n’y a pas de malaise social", s'exprimait ainsi à propos de ceux qu’il considère comme "les gens un peu inadaptés" : "On ne les emmerdait pas (sic), on disait que ça faisait partie du casting et on les laissait dans leur coin. Maintenant, par les temps qui courent, ils n’ont plus leur place dans les entreprises même si, à La Poste, ils restent boucler leur carrière, et font des déprimes à répétition. Ils seraient mieux hors de l’entreprise, mais non, le modèle qu’ils conservent en tête, c’est La Poste d’avant. Voilà. Ce phénomène-là, conjugué à l’action de syndicats minoritaires qui ont peu d’audience, qui veulent fermer La Poste, couler La Poste, ce phénomène là nous poursuit".


Dialogue approfondi


Ce lundi, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a souhaité que la mission sur le travail du dimanche confiée à Jean-Paul Bailly soit l'occasion d'un "dialogue approfondi avec l'ensemble des parties prenantes: partenaires sociaux, élus, représentants de la société civile, associations de consommateurs et de professionnels".
Pas sûr que l'ancien polytechnicien soit là encore la meilleure personne. Car, parallèlement à ses activités professionnelles, il a accompagné le développement d'Entreprise et Personnel. Ce "réseau associatif d’entreprises consacré à la GRH et au management des hommes et des organisations", comme il est noté sur son site web, est le fer de lance du "management" déshumanisé, cher aux grands groupes qui se retrouvent à peu près tous parmi les adhérents de ce réseau.

 
Au vu de ce sacré pedigree, on peut nourrir toutes les craintes pour le respect du repos dominical.

 

extrait de  http://www.humanite.fr

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 18:23

La rentrée budgétaire portant annonce des prévisions de dépenses et de recettes de l’Etat pour 2014, a été sonnée par Bercy et Matignon sur des accords majeurs triomphants. Autrement dit, le gouvernement s’est adonné à une grande opération de communication pour calmer et séduire l’opinion. Une de plus! Résumons-la: tout va mieux, madame la Marquise, et tout ira très bien dans l’avenir. A s’en tenir à ces coups de clairon, l’Etat s’apprêterait à pondre un budget de justice sociale et de relance économique. La mer est calme, le capitaine fait des prouesses à la barre, tout le monde peut dormir tranquille...


Ce type de communication est tellement connu, tellement usé, qu’il invite, pour comprendre le dessous des cartes, à retenir l’inverse des affirmations pour se rapprocher de la vérité: s’ils disent ça, c’est qu’ils nous cachent quelque chose...


Et, en effet, au vu des chiffres, le budget 2014 sera avant tout une mise en musique, chiffrée des grands principes des politiques libérales d’austérité:

baisse du coût du travail,

prélèvements fiscaux supplémentaires sur les ménages,  

réduction des dépenses publiques.

 

Au cœur du dispositif, trônent 20 milliards de crédit d’impôt pour les entreprises, venant en diminution des «charges» salariales. Sans aucune condition de créations d’emplois!

Pire: c’est le consommateur populaire qui paiera une partie de l’addition par le biais de nouveaux taux de TVA.

D’autres «gestes» sont annoncés pour le Medef, dont un allégement des cotisations familiales en compensation d’un infime effort pour les retraites.

 

C’est la gauche à l’envers.


Quelques dispositifs sont prévus par le gouvernement en direction des ménages les plus pauvres, comme la réindexation du barème de l’impôt sur l’inflation ou la création d’une décote pour accéder au seuil des revenus non imposables. Mais c’est un effort à la marge qui ne coûtera qu’un milliard à l’Etat. Un cheval, une alouette...


Pas de quoi grimper aux arbres pour fêter un retour à la croissance qui recule sous les pas de cette politique.


Christian AUDOUIN

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 16:00

Lundi soir, devant l’écran, à heure de grande écoute, branché sur une chaîne d’info en continu, «la première de France». A la Une, la Syrie. Au menu, compte rendu et commentaires des rencontres entre Jean-Marc Ayrault et les représentants des groupes politiques au Parlement. Tout téléspectateur à peu près normalement constitué s’apprête à connaître les points de vue de chacun d’eux à sa sortie de Matignon.



La parole est au PS. Trois des siens sont sollicités dont le président de l’Assemblée.

 

Puis, vient le tour des porte-parole de la droite au nombre de trois ou quatre (on s’y perd). En prime, le public a droit à Copé, Juppé et Fillon. Nos nerfs sont mis à rude épreuve...

 

Et puis ? Et puis c’est tout, comme le dirait l’une des marionnettes des Guignols de l’Info. Pas de micro tendu au représentant communiste du Front de gauche !

 

Mais, un peu de patience, viendra bien son tour ? En interlude, diffusion d’une nouvelle séquence socialiste - UMP, sans compter la reprise en boucle des propos du Premier ministre. Front de gauche : toujours rien. Ils ont osé !


Ah ! Un invité surprise sur le plateau en la personne du Vert Jean-Vincent Placé. Le prisme du pluralisme s’ouvrirait-il quand même un peu ? La déception tombe vite. L’invité n’est là que pour plaider le point de vue de François Hollande. Il se dit cependant favorable à un vote du Parlement. ça tombe bien, quelques minutes auparavant, le ministre en charge des relations parlementaires avait ouvert cette hypothèse refusée jusqu’à présent par l’Elysée. ça sent fort l’arnaque dans le théâtre du studio où des journalistes «indépendants et libres» foulent leur déontologie au pied du pouvoir en place.

 

Ils font le boulot : à gauche, tout le monde est d’accord avec une intervention militaire en Syrie. La preuve, c’est que le Front de gauche est absent et silencieux.


Par quoi et par qui ces confrères sont-ils contaminés ? Les paris sont ouverts.


Christian AUDOUIN

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 09:05

larochelle.jpgLes quais de La Rochelle ont vu débarquer les paquets d’inquiétude de nombreux adhérents socialistes qui ont appris comme tout le monde, par les médias, la création d’une taxe carbone en 2014. L’université d’été du parti de tous les pouvoirs en a été imprégnée, entre démentis des uns, explications embarrassées des autres ou sévères mises en garde à l’exemple de Ségolène Royal, qui refuse «toute taxation écologique punitive» pour les consommateurs.


Le Premier ministre et le ministre de l’Environnement tentent d’expliquer que cette taxe nouvelle n’alourdirait pas le montant global des prélèvements. Ils ont peu de chance d’être crus sur parole. D’une part, parce que cet impôt avait été évoqué par le gouvernement à titre de financement partiel des vingt milliards accordés aux entreprises au nom de la «compétitivité» ; d’autre part, en raison de la nécessité des déplacements qui fait loi pour une majorité d’automobilistes, sans solutions alternatives aujourd’hui. Par ailleurs, comment ne pas noter que l’Etat est plus prompt à lorgner sur nos portefeuilles qu’à programmer des investissements significatifs pour le transport des marchandises sur rail ou pour l’isolation thermique des habitations et des bureaux...


La rentrée gouvernementale s’effectue dans une ambiance alourdie par les réformes annoncées. La taxe carbone devrait se conjuguer avec les hausses de TVA, la baisse du quotient familial, le gel du barème de l’impôt, l’accroissement de la CSG et des cotisations-retraites. Comme le dirait François Hollande : «La sortie de crise est amorcée et ça va mieux !». Pour qui ? La rentrée n’est pas seule à subir un temps d’orage. L’avenir est aussi concerné en dépit du bla-bla sur l’horizon 2025. Hier, dans le JDD, le commissaire européen Olli Rehn a sommé la France d’aller «plus vite et plus loin» dans ses réformes. Ce gardien de la prison libérale européenne en appelle sans vergogne «à l’ouverture à la concurrence pour les services, EDF, la SNCF, à l’audace dans la réforme des retraites et, bien sûr, à la compétitivité des entreprises». Il est vrai que le commissaire se montre encourageant à l’endroit de François Hollande : «Il va dans le bon sens».

 

De La Rochelle, n’a fusé aucun élan politique d’indignation et de contre-offensive face aux injonctions de ce libéralisme extrême. Au nom du «réalisme», sans doute ?


Christian AUDOUIN

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 15:29

Le verbe politique de Jean-Luc Mélenchon – son parler « dur et dru » – fait parfois débat. Il est cependant malaisé de lui contester son aptitude à mettre l’accent sur les enjeux essentiels et à les décrypter, à l’écart de la langue de bois et en suscitant le débat public.

 

Que n’a-t-on pas entendu, de la bouche des commentateurs socialistes, après l’interview au JDD de l’ex-candidat à la présidentielle, dans laquelle il estime que Manuel Valls est « contaminé par le Front national » ! Le mot est rude, et pourtant… Les prises de positions estivales du ministre de l’Intérieur sur l’Islam, les peines plancher ou le regroupement familial, n’en finissent pas de semer la panique au sein même du gouvernement. Les ministres Verts, Cécile Duflot et Pascal Canfin, viennent de réprouver publiquement leur collègue, afin qu’il soit établi que leurs désaccords avec lui sont radicaux. Un conflit bruyant sur la politique pénale entre Valls et Christiane Taubira avait précédemment fait la une. Cette fois, les Verts accusent carrément le tenant de la place Beauvau de « semer le désordre », pointant notamment une stigmatisation de l’Islam qui pourrait ne pas être « compatible avec la démocratie ». Aucune tonalité lepéniste dans cette saillie du ministre pourtant en charge des cultes ? Et l’expression de Jean-Luc Mélenchon, toujours aussi bonne à jeter aux chiens ?

 

Le chef de l’Etat a été contraint de s’exprimer sur ce remue-ménage au sein de sa majorité et de son équipe ministérielle, en faisant du Hollande sur mesure : « Il n’y a pas de débat sur des questions qui ne sont pas à l’ordre du jour du travail législatif ». Peut-être, mais cela n’atténue absolument pas la gravité des désaccords portés sur la place publique. « Silence dans les rangs ! » est, en l’occurrence, un mot d’ordre présomptueux.

 

Christian AUDOUIN

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 13:43

credit-agricole.jpgJusqu’en 1987, le Crédit agricole était une banque à part entière. Puis, sortant de son modèle coopératif, il a voulu s’essayer à la finance et se faire aussi gros que ses consœurs capitalistes. Emportée par les crises, la banque a, 
pour la première fois, basculé dans le rouge l’an dernier.


Le directeur général du Crédit agricole est « rassuré », « heureux ». Pour Jean-Paul Chifflet, le cru 2013 sera « significativement positif ». Sur les six premiers mois de l’année, le « géant vert » a multiplié son bénéfice par trois, à 1,165 milliard d’euros. Un véritable bonheur pour les actionnaires, qui ont vu le cours de leurs actions bondir de plus de 100 % sur une année glissante… Et une gueule de bois pour les salariés dont les effectifs ont baissé de 9,2 % cette année. Des salariés qui ont dû expliquer l’an dernier que leur banque était solide, malgré les 8,5 milliards de pertes et les 6 milliards de dépréciations d’actifs liés à l’aventure Emporiki, filiale grecque achetée en 2006. Quand, déjà en 2007, la banque verte avait perdu 13 milliards dans la folie des subprimes. Et si, contrairement au slogan, le bon sens était plutôt du côté du passé que des nouvelles dépréciations d’actifs à venir ?


Né à la fin du xixe siècle pour répondre aux besoins financiers des agriculteurs, le Crédit agricole se crée en coopérative. Des caisses se montent dans tous les départements, les camions banques sillonnent les endroits les plus reculés de la France rurale. Le fonctionnement est simple : la banque collecte, elle prête et le reste va en réserve. La Caisse nationale de Crédit agricole, établissement public, est chargée d’assurer la péréquation de la collecte et de l’acheminer vers les caisses plus utilisatrices de crédit.


EFFETS DE LA PRIVATISATION


Les marchés financiers ne connaissent pas la banque verte mais tous les Français poussent ses portes. Puis, en 1984, une première loi bancaire passe. Les banques coopératives sont banalisées, le métier change et les privatisations arrivent. La Caisse nationale de Crédit agricole est rachetée par les caisses régionales, qui, elles, conservent leur statut coopératif mais sont fusionnées. D’une centaine, il n’en reste plus que 39 aujourd’hui. Les conseillers se transforment en vendeurs. « Avant, les gens poussaient notre porte pour un conseil, aujourd’hui nous leur courons après pour leur vendre des produits commissionnés, dont on ne sait pas la plupart du temps ce qu’ils contiennent comme placement », déplore Alain Babin, délégué syndical national CGT du Crédit agricole et conseiller clientèle depuis 1982. Parallèlement, la banque développe les rémunérations et les objectifs individuels. Ce n’est que l’acte I d’une lente dérive.


En 2001, la coopérative devient Crédit agricole SA, côtée en Bourse. La financiarisation s’empare de la banque. Les sociétaires n’ont plus voix au chapitre. La structure se centralise. La perte de proximité met en échec la démocratie au sein des caisses locales (voir ci-contre). Les actionnaires sont dorénavant privilégiés aux sociétaires clients. La direction se lance alors dans la folie des grandeurs pour devenir la plus grande banque du monde. Les fonds propres sont utilisés à ces fins. Dans cette phase d’expansion, elle achète le Crédit lyonnais, mais aussi des banques de réseaux en Espagne, en Italie, en Grèce, en Argentine et duplique son modèle. Elle développe une activité revolving plus rentable avec Sofinco et Finaref. Et elle se lance dans un autre monde, celui de la finance avec ses filiales Cheuvreux et Calyon.


En 2002, pour la première fois, le montant des profits dépasse celui de la masse salariale. En dix ans, 3 500 postes sont supprimés. En 2007, le château s’effondre. Calyon et Cheuvreux, compromises dans les subprimes, accusent des pertes record. « J’ai développé l’activité de produits structurés de crédit qui collait à notre stratégie. Ce n’était donc pas en soi une erreur », expliquait l’ex-directeur général de Cheuvreux, Marc Litzler, en 2008 dans l’Expansion. Deux ans plus tard, à peine la crise financière terminée, ce sont cette fois les banques de réseaux en Grèce et en Italie qui fragilisent la banque coopérative et qui font les frais de la crise de l’euro puis de la crise économique en Europe. Depuis, la banque se sépare progressivement de ses filiales à risques en encaissant les pertes. Les caisses régionales ont encore les reins solides. En 2012, elles ont fait remonter plus de 3,5 milliards d’euros de résultats. Malgré la récession, la banque de proximité a augmenté de 5,5 % ses collectes et de 0,3 % les encours de crédit. Jusqu’à quand ? Le Crédit agricole a tous les moyens de redevenir une banque de proximité moderne. À condition, pour la CGT, de remettre 
Crédit agricole SA sous contrôle public en l’intégrant dans un pôle public bancaire.


Un poids non négligeable. Avec 60 % des dépôts et 40 % des crédits ou encore 50 milliards d’euros de chiffres d’affaires, les banques coopératives emploient 164 000 personnes et représentent un poids non négligeable dans le secteur bancaire en France. L’activité bancaire coopérative s’articule autour de quatre réseaux : Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne, et Crédit mutuel. Le Crédit agricole est la quatrième banque mondiale, le deuxième groupe en France.

 

publié dans l'Humanité du 12 août 2013

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