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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:36

L'élection de 2007 nous laissait une droite en position d’hégémonie politique, un PS déstabilisé, un PCF donné pour mort, des écologistes et un FN agonisants. Le centre droite de Bayrou et l’extrême gauche de Besancenot étaient alors perçus comme les acteurs d’avenir d’une recomposition annoncée de l’échiquier politique français.

En cinq années d’une crise mondiale et européenne d’une violence sans précédent, ce paysage électoral et politique a été profondément bouleversé. Durant cette période, pas moins de quatre nouvelles forces politiques sont nées, avec l’ambition affichée de changer le rapport des citoyens à la politique : le Modem, le NPA, EELV et le Front de gauche.

Aujourd’hui, au lendemain de l’élection présidentielle de 2012, il est nécessaire de faire un point d’étape sur quelques éléments marquants de l’état du paysage politique et électoral, en focalisant sur la participation électorale, le rapport droite-gauche et le Front de gauche.


La participation électorale

Alors que les législatives de 2007, les municipales de 2008, les cantonales de 2008 et 2011, les européennes de 2009 et les régionales de 2010 ont été marquées par les pires taux de participation de la Ve République, le 1er tour de l’élection présidentielle de 2012, sans atteindre le record de 2007, affiche une participation supérieure à celle de 2002 et de 1995..

Ce résultat est d’autant plus remarquable que les médias dominants avaient mené campagne en faveur de l’abstention. Ils ont, en effet, tout fait pour éloigner les citoyens des urnes : annonce d’une participation calamiteuse, organisation du débat autour de sujets éloignés des préoccupations majeures des Français. Ils ont asséné en boucle que, quel que soit le résultat, une seule politique était possible : l’austérité et la baisse des dépenses publiques.
Si nos concitoyens continuent à plébisciter le scrutin présidentiel alors que pour toutes les autres élections l’abstention ne cesse de croître, c’est probablement parce qu’ils pensent, à tort ou à raison, que seule cette élection leur permet de peser sur les choix politiques majeurs de leur pays.

 

Le rapport gauche-droite

La gauche, en rassemblant au 1er tour 43,75 % des exprimés – plus 7,31 % par rapport à 2007 – atteint son plus haut score depuis 1988, alors que la droite hors FN plafonne à 38,1 % – moins 15 % sur 2007 –, ce qui la remet à son niveau de 2002. Dès les législatives de 2007, d’élection en élection, à l’exception des européennes de 2009, la droite a connu une descente aux enfers continue. Dans le total gauche, le PS représente 65,44 % des voix de gauche contre 71 % en 2007. A l’inverse, le Front de gauche pèse pour 25,37 % du total gauche, alors qu’en 2007 le PCF ne représentait que 5,3 % des voix de gauche.

La dynamique acquise par la gauche au premier tour vient effectivement du Front de gauche, qui s'affirme comme le moteur de la gauche. C’est pourquoi il est raisonnable d’affirmer que la victoire de Hollande au 2e tour n’aurait pu être acquise sans la percée électorale du Front de gauche.

 

Le Front de gauche

Avec 11,1 % des exprimés – 11,3 % en métropole –, le Front de gauche est à un score intermédiaire entre celui du PCF en 1995 (8,64 %) et celui de 1981 (15,35 %). Si la géographie des zones de force de Front de gauche correspond globalement à la carte du vote communiste, on observe des percées spectaculaires dans le Sud-Ouest, en Alsace, à Paris où Jean-Luc Mélenchon dépasse le score de Georges Marchais en 1981. Selon les sondages, entre 17 % et 21 % des 18/24 ans, de 19 % à 21 % des ouvriers, de 12 % à 16 % des professions intermédiaires, de 12 % à 15 % des cadres, 21 % des habitants en HLM auraient voté Front de gauche. Par contre, seulement de 6 % à 9% des plus de 65 ans auraient mis un bulletin Jean- Luc Mélenchon dans l’urne. Le Front de gauche rassemble 39 % des électeurs des sympathisants de la CGT.

Comme l’a reconnu Le Figaro, au lendemain du 1er tour, « le Front de gauche s’affirme en force incontournable à gauche ». Ce constat clinique doit susciter de notre part de fortes ambitions aux législatives, tant en termes de scores que d’élus.

Lorsqu’on regarde commune par commune, canton par canton, on voit que la répartition des 3 984 822 électeurs du Front de gauche dépasse largement le périmètre de l'addition des électeurs à la gauche du PS de 2007 comme de 2002. En plaçant son programme L’humain d’abord sur le terrain des solutions et de la cohérence, en liant les institutions, le social, l’économique et l’écologie, le Front de gauche a su gagner de nouveaux électeurs de gauche, en particulier dans la jeunesse, en entrant en résonance avec les aspirations à produire, échanger et répartir autrement les richesses.

Le combat engagé par le Front de gauche contre le FN est fondamental. En effet, laisser contaminer la revendication sociale et le combat contre le libéralisme par la xénophobie et le racisme ne peut conduire qu’à oblitérer toute perspective de transformation sociale dans notre pays et en Europe. C’est tout le projet de la Fondation Terra Nova.

Certes, l’objectif de dépasser le FN n’a pas encore été atteint. Mais pour la première fois dans une présidentielle, la lutte contre le FN n’est plus seulement menée sur le terrain moral en s’enfermant dans le couple diabolisation-victimisation de l’électorat lepéniste : elle est enfin menée sur le terrain politique. Ainsi, la question devient alors de savoir si face à la crise la solution est de se faire une place dans la société au détriment d’autrui, de l’étranger, du plus pauvre que soi, ou si l’on change la société, ses rapports sociaux, ses institutions, en révolutionnant la République et en donnant véritablement le pouvoir aux citoyens.

 

Yann Le Pollotec

 

Article paru dans CommunisteS numéro 478

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